Je n’écrirai pas EXACTEMENT ce qui se passe, car la Kabbale dont nous disposons aujourd’hui est un Tzimtzoum de ce qui se produit réellement, mais voici quelques idées sur l’Avodah du Tikkoun Hatzot.
Le Tikkoun Hatzot, souvent traduit par « Rectification de minuit », est un ensemble de prières à réciter après Hatzot (minuit halakhique). Il comprend deux parties : le Tikkoun Rachel et le Tikkoun Léa. Comme il doit être dit entre Hatzot et Netz (selon le Ben Ish Haï) et que la plupart des gens dorment, c’est une forme de service très difficile, généralement réservée aux plus avancés.
Pourtant, Rabbi Nahman insiste fortement pour que le Juif dise le Tikkoun Hatzot. Rabbi Haïm Vital écrit également dans Cha’ar HaKavanot que nous devons nous efforcer de ne pas manquer une seule nuit, tant ce moment est précieux.
Alors, de quoi s’agit-il dans le Tikkoun Hatzot du point de vue de la Kabbale ?
Au niveau du Pshat, nous pleurons le Saint Temple. C’est le moment où nos Sages disent « Hashem pleure » et nous nous joignons à Lui. C’est aussi un moment où une immense illumination de Rachamim (compassion) descend dans le monde, et la période idéale pour utiliser le Yichoud suprême des « 13 mèches de la barbe ».
La Sitra Ahra, qui se renforçait jusque-là, est massivement repoussée par la lumière de Hatzot et un grand « Et Ratzon » (« temps de [grâce] divine ») est mis en mouvement.
Tout cela est expliqué dans le Zohar et dans les Kitvei HaAri.
La Kabbale du Tikkoun Hatzot
L’Arizal explique que la Chekhina (Malkhout d’Atzilout) descend dans les mondes spirituels de Beriah, Yetzirah et Assiyah pour nous aider à élever les étincelles et les réceptacles tombés lors du bris des vases, survenu avec la lumière des « Yeux d’Adam Kadmon (A »K) ». Tout cela est expliqué dans Etz Haïm et Otzrot Haïm.
Chaque fois que nous accomplissons quelque chose selon la Halakha, nous élevons ces étincelles vers leur source (dans A »B et Sa »G de A »K), réalisant l’unification et faisant descendre les Mohin pour rectifier le Partzouf correspondant.
Cela devrait être évident à présent, mais mérite d’être répété : la Kabbale et la Halakha ne font qu’un. La Kabbale n’est que la manifestation interne de la Halakha, sa partie extérieure.
Le Partzouf de Malkhout comporte deux divisions principales : Yaakov et Rachel, et Léa et Rachel, selon l’Avodah considérée. Le premier élément de la paire est la partie supérieure, le second la partie inférieure. Techniquement, Léa est l’Akhoraïm de NHY (Netzah, Hod et Yessod) de Binah, mais on la considère souvent comme faisant partie de Malkhout elle-même.
Comme l’explique l’Arizal (dans Cha’ar HaKavanot et Pri Etz Haïm), lorsque nous prions la Amida de Cha’harit et de Minha, nous apportons des Mohin à Malkhout, ici Yaakov et Rachel. Mais ils ne restent là que pendant la Tefila elle-même. Ensuite, ils s’envolent et ne laissent qu’un Reshimo (une impression durable).
Cette impression demeure jusqu’à la tombée de la nuit, et c’est pourquoi la nuit est un temps dangereux de Dinim (Jugements). D’une certaine manière, cela explique pourquoi, la nuit, les gens restent chez eux et ne s’aventurent pas dehors, encore moins en voyage. Nous cherchons un abri parce que nous sommes naturellement plus vulnérables. Les voleurs et autres bandits agissent aussi davantage la nuit.
À Hatzot, nous commençons à considérer Malkhout comme Léa et Rachel. À cause de notre exil, Rachel descend dans les mondes spirituels inférieurs de Beriah, Yetzirah et Assiyah, et c’est ce que l’on appelle communément « la chute de la Chekhina », source de notre douleur. Nous pleurons le fait que « la Reine » ait été exilée de son palais d’Atzilout et doive aider ses enfants dans leur travail de tri des étincelles et de leur élévation, avec les réceptacles, jusqu’à Atzilout.
Première partie du Tikkoun Hatzot – Tikkoun Rachel
La première partie du Tikkoun comprend le Vidouï (prières de confession) et des lamentations sur la destruction de Jérusalem. Cela ne se voit peut-être pas pour ceux qui vivent en Israël, mais Jérusalem EST détruite.
De nombreuses complaintes et lamentations ont été composées au fil des siècles, ainsi que le dernier chapitre du livre d’Eikha (Lamentations), qui s’achève sur une note d’espoir : Jérusalem sera reconstruite.
Chaque fois que Tahanoun n’est pas dit (comme à Roch Hodech), le Tikkoun Rachel n’est pas dit non plus.
Deuxième partie du Tikkoun Hatzot – Tikkoun Léa
Le Tikkoun Léa se compose d’une série de Tehilim qui évoquent la Téchouva et l’aspiration à Hashem. Dans cette partie, nous commençons à élever notre lamentation et à regarder l’avenir avec plus d’espoir, et certains ont la coutume de s’asseoir normalement, au lieu d’être à terre comme jusque-là.
Il se termine aussi par une prière pour la reconstruction de Jérusalem et pour que nous méritions d’être « plantés » dans notre terre sainte.
Autres réflexions fascinantes
Hatzot étant un moment si précieux, toute l’étude de la Torah, les prières et les Yichoudim ont beaucoup plus de valeur qu’en un jour de semaine ordinaire. Les Tsadikim font de leur mieux pour tirer le meilleur parti de ce moment et compensent généralement le manque de sommeil nocturne pendant la journée.
Bien que le Tikkoun Hatzot puisse se faire à tout moment après minuit halakhique, le saint Rabbi Chalom Sharabi (le Rashash) a tranché qu’il faut faire tout son possible pour ne pas dépasser le point de minuit en dormant. C’est très important.
La raison, tirée du Zohar, est que celui qui passe minuit halakhique endormi goûte à l’Arbre de la Mort et que la Sitra Ahra obtient une forte emprise sur son âme. Rabbi Chalom Sharabi ajoute que « la plupart des problèmes d’une personne dans la vie sont dus au fait qu’elle dépasse le point de Hatzot en dormant ». Lui-même ne dormait jamais avant minuit, seulement après et pendant la journée pour compenser.
De nombreux Juifs saints qui suivent le Rashash accomplissent alors le Séder suivant :
- Dormir jusqu’à juste avant minuit (ou ne pas dormir du tout)
- Dire les Birkot HaChahar, car selon la Kabbale on peut déjà les dire dès minuit
- Faire le Tikkoun Hatzot : d’abord le Tikkoun Rachel, puis le Tikkoun Léa (ou ce que l’on peut)
- Faire des Yichoudim ou étudier ce que l’on peut
- Se réveiller pour Netz
Une fois les Birkot HaChahar dites, on peut techniquement retourner dormir, car la Sitra Ahra ne peut plus toucher son âme.
C’est bien sûr un Séder très avancé, exigeant et difficile à accomplir pleinement.
Mais tel est le chemin vers la shleimout dans l’Avodat Hashem.